Histoire de l'immigration new-yorkaise

Comment New York est-elle devenue une ville multiculturelle ?

 

Les débuts de New York :


      Avant l'arrivée des Européens, le territoire de l'actuel New York était occupé par des Amérindiens, dont les Algonquins qui occupaient l'île de Manahattan.
      L'Italien Giovanni di Verazzano, envoyé explorer le Nouveau Monde au nom de la France est le premier européen de la Renaissance à explorer la baie de New York en 1524.  Bien qu'il n'y fasse pas escale, il baptise alors la région Nouvelle-Angoulême.
      Des trappeurs hollandais s'installent dans un comptoir baptisé Nouvelle-Amsterdam (actuelle île de Manhattan) pour y pratiquer le commerce de la fourrure en 1625 et c'est en 1626 que le Hollandais Peter Minuit achète l'île de Manhattan aux Indiens pour l'équivalent de 24 dollars.

 

http://a134.idata.over-blog.com/500x375/1/01/82/90/musicologie/Musicologie-2/Musicologie-3/minuit-rachete-manhattan-aux-indiens.jpgAchat de l'île de Manhattan au indiens Algonquins pour l'équivalent de 24 dollars


      En 1664, le gouverneur hollandais Peter Stuyvesant perd la ville au profit des Britanniques qui la rebaptisent New York en l'honneur du Duc d'York, le frère du roi.
     L'indépendance des Etats-Unis est déclarée le 4 juillet 1776.


 

 

Les différentes vagues d'immigration

(Ici nous ne nous intéresserons qu'aux vagues d'immigration les plus importantes. Nous n'évoquerons pas les communautés minoritaires à New York.)

 

   Pourquoi New York ? New York est une ville cotière. Premier port d'entrée des États-Unis, c'était le point d'arrivée logique de la majorité des immigrants (ceux venant d'autres continents). Elle a donc toujours été le principal port américain d'immigration à cause de sa situation géographique. La majorité de ces nouveaux arrivants sur le sol américain a choisi de s'installer à New York. En effet, la ville a presque toujours connu une économie attrayante et des possibilités d'emploi. De plus, la plupart des immigrants étaient pauvre et n'avaient donc pas forcément les moyens de continuer leur périple. On peut donc considérer New York comme la porte d'entrée des États-Unis.



   Ellis Island est la petite île située dans la baie de New York qui était le point de passage obligatoire de tous les immigrants qui arrivaient aux Etats-Unis entre la fin du 19ème siècle et le milieu du 20ème siècle. Elle est ouverte en 1892 pour trier les nouveaux arrivants et fermera ses portes en 1954. Plus de 15 millions de personnes y seront passées en un peu plus de 60 ans. Les candidats à l'immigration qui débarquaient des bateaux devaient subir des examens dont le but était de contrôler si ils répondaient ou non aux critères d'admission sur le sol des États-Unis d'Amérique. Ils étaient soumis à des tests mentaux et physiques qui visaient à détecter les individus indésirables selon les critères établis par les autorités américaines. Les immigrants subissaient aussi un examen administratif pour connaître les raisons de leur venue.

  

http://freepages.genealogy.rootsweb.ancestry.com/~mstone/ellis1.jpgBâtiment principal d'Ellis Island, aujourd'hui Musée de l'immigration

 

http://img.over-blog.com/448x499/0/44/42/51/xx-jusquen-1945/Ellis-Island-immigrants-2.jpgImmigrants se faisant examiner les yeux lors de leur arrivée à Ellis Island


Arrivée de migrants à Ellis Island



    C'est une immigration massive et continue a fondé la véritable mosaïque culturelle qu'est aujourd'hui New York.

 


L'immigration "noire" :

     La grande majorité des Afro-Américains de New York descend des esclaves africains amenés de force dans les treize colonies anglaises d'Amérique du Nord (dont New York fait partie) entre le début du XVIIe et le début du XIXe siècle.           

    Après la guerre de Sécession, en 1865, presque tous les Afro-américains qui vivent sur le sol américain habitent dans le sud des États-Unis. Cette population est en majorité composée d’anciens esclaves libérés. A la fin du XIXe siècle, les états du sud mettent progressivement en place des lois discriminatoires à l’encontre des Noirs. Le but de ces lois est de rétablir l’ordre social qui existait avant la guerre de Sécession et donc de remettre les Noirs, considérés comme inférieurs, à « leur place ». Ainsi les Noirs perdent progressivement les quelques droits civiques qu'ils avaient obtenus après l’abolition de l’esclavage : plusieurs états du sud mettent en place des lois légalisant la ségrégation. Parallèlement à ces législations discriminantes, apparaîssent différentes organisations qui prônent la suprématie blanche (comme le Ku Klux Klan). Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, les lynchages se multiplient. On recense au total 3 445 lynchages de Noirs officiellement connus entre 1882 et 1968. De plus, les discriminations restreignent les possibilités d’emplois des Noirs qui se retrouvent cantonnés à des activités pénibles et peu rémunérées comme femme de ménage et métayers. C’est dans ce contexte difficile sur le plan politique, social mais aussi économique, que l’on assiste à un mouvement de migration d’une importante partie de la population noire du sud vers le nord.  Au début du siècle, les Noirs qui quittent le sud pour le nord ne sont que quelques milliers mais le phénomène s'accentue pendant la Première Guerre Mondiale. Durant cette période l’industrie de guerre fonctionne à plein régime et réclame une main-d’œuvre importante. Beaucoup de Noirs sont alors recrutés par des usines où ils perçoivent de meilleurs salaires (même si ceux-ci restent inférieurs à ceux des ouvriers blancs et que les Noirs occupent en majorité des emplois peu qualifiés). New York voit tout comme Chicago, Detroit et d'autres villes du nord sa population noire augmenter fortement.


La migration des Noirs du sud vers le nord et l'est des Etats-Unis

 

    New York exerce un fort attrait sur ces populations car le XIXème siècle fut la période faste de son économie. Elle était alors la ville de tous les superlatifs : la plus active, la plus riche, etc...

     Dans les années 1920 des Noirs arrivent du Sud du pays où la mécanisation supprime les travaux agricoles aux moins favorisés.

 

 

L'mmigration italienne :

 

    L'Italie connait dans la seconde moitié du XIXème siècle trois crises majeures qui vont amener une partie de sa population à émigrer vers le continent américain.


    Le pays connaît tout d'abord une crise historique. L’unification italienne (1860) brise le système féodal : depuis le Moyen Âge et particulièrement dans le sud, les terres étaient la propriété des seigneurs, des organisations religieuses ou du roi. Avec la chute de ce système politique, la situation des paysans ne s'améliore pas : la redistribution des terres maintient les petits agriculteurs dans la pauvreté. Beaucoup ne disposent que de toutes petites parcelles et ne peuvent vivre de leur production.


    Elle est aussi confrontée à une crise économique à partir des années 1880, due à trois facteurs : le commerce avec la France est rompu, le pays connait une crise agricole (qui est aggravée par la rupture précédente) et une crise immobilière et bancaire.  L’Italie ne produit pas suffisamment de denrées alimentaires pour nourrir sa population.


    A cela s'ajoute une crise sanitaire. En 1880, 600 000 personnes sont touchées par la malaria et dans les campagnes du Nord, la pellagre (maladie due à la malnutrition) se développe, touchant plus de 100 000 personnes.


    Ces évènements engendrent une vague d'émigration vers l'étranger. Plus de 50 % des départs se font vers le continent américain. Les Italiens quittent leur pays d’origine en espérant une vie meilleure ailleurs : il s’agit pour eux d’échapper à la misère. Les États-Unis ont pour eux l'image de l'endroit qui pourrait leur offrir des conditions de vie moins mauvaises et des perspectives économiques meilleures.

   Ils s'intalleront presque tous à New York où ils formeront une enclave : Little Italy.

 

Italiens dans Mulberry Street, Manhattan : une des rues de la Little Italy.


 

L'immigration juive

     L'immigration juive s'est quant à elle faite en plusieurs vagues.
 
     Les premiers juifs à poser le pied aux États-Unis sont arrivés en 1654. 23 familles juives venant du Brésil débarquent à l'actuel New York, qui est alors une colonie hollandaise, la Nouvelle-Amsterdam. La population juive est donc alors très peu présente sur le sol américain.
 
      Vers 1850, il y avait environ 17 000 Juifs vivant aux Etats-Unis ; en 1880, ils étaient près de 270 000. La plupart de ces Juifs vivaient à New York.

      Dès 1870-1880, une vague d'antisémitisme touche l'Europe (en particulier l'Allemagne, l'Autriche et la Russie). C'est à ce moment là que l'immigration juive fut la plus importante. En Russie, on constate la mise en place d'un antisémitisme gouvernemental : une législation spécifique pour les juifs de Russie est installée. Des lois discriminatoires se mettent peu à peu en place, comme l'obligation de vivre dans une zone de résidence spécifiée, l'interdiction de résider en ville. Des pogroms sont faits à partir de 1890. Généralement très pauvres, ces juifs d'Europe de l'est ont des États-Unis une image très forte, celle d'un pays où on peut s'enrichir du jour au lendemain, où on est moins sous la coupe des autorités et surtout celle du pays où l'on peut échapper aux discriminations et aux persécutions.
 
     Entre 1880 et 1920 ce sont plus de 4 millions de juifs qui débarquent aux États-Unis, la majorité étant originaire de Russie. Au XIXeme siècle, les juifs arrivent donc beaucoup plus massivement. De plus, le voyage est plus facile et moins coûteux qu'au siècle précédent.
 
    Le pôle principal de cette immigration juive sur le sol américain est New York (mais d'autres communautés se forment aussi à Boston, Chicago ou Philadelphie). La présence juive à New York est telle que certains surnomment la ville "Jew York".


Des immigrants juifs subissent un examen médical à Ellis Island en 1907


L'immigration chinoise :

    Pendant le XIXème siècle, on remarque aux États-Unis une vague d'immigration chinoise.


    Au cours du XIXème siècle, le pouvoir des Qing (dynastie impériale qui régnait sur la Chine) s'affaiblit et la prospérité diminue. La Chine subit une forte agitation sociale, une stagnation économique, une croissance démographique explosive, ainsi que des ingérences de plus en plus marquées de la part des puissances occidentales. La volonté britannique d'ouvrir le commerce et notamment de poursuivre ses exportations d'opium, que des édits impériaux rendaient illégales, aboutit à la première guerre de l'opium, en 1839, et à la défaite chinoise.
    

     La première guerre de l'opium en Chine, qu'est ce que c'est ?

     Au début du XIXe siècle, le commerce clandestin de l'opium en Chine prend une telle importance qu'il pose au pays un problème politique (corruption de l'administration, mise en évidence de l'incapacité de l'empereur de faire respecter ses décisions,  affaiblissement des fonctionnaires impériaux et des consommateurs) et économique. S'ajoutent à cela des difficultés monétaires et fiscales. En 1838, l'empereur chinois  fait détruire les stocks d'opium détenus à Canton (centre du trafic et seule ville du pays ouverte aux étrangers) par les organisateurs du trafic, principalement britanniques. Ces derniers répliquent par l'envoi d'une flotte de guerre. Cette première guerre de l'opium aboutit à la défaite de la Chine et au traité de Nankin (le 29 août 1842).      L'Angleterre obtient une indemnité de guerre, Hong Kong, l'ouverture au commerce de la Chine.


      La première guerre de l'opium en Chine est la première manifestation du déclin de l'Empire de Chine, incapable de résister à l'Occident, déclin qui entraîne la Chine dans une longue période d'instabilité,suivie par la chute du système impérial. Cela a des conséquences financières comme l'inflation, les impôts qui doublent et des conséquences sociales : à la campagne, les paysans s'endettent de plus en plus auprès des propriétaires fonciers (immobiliers) tandis qu'à la ville les artisans sont touchés par le chômage (les produits étrangers sont désormais présents sur le marché chinois)  et meurent parfois même de faim.

      C'est dans ce contexte économique et social difficile que certains Chinois choississent de partir vers les Etats-Unis, à New York.


     Mais le 6 mai 1882, l'immigration chinoise aux Etats-Unis est suspendue pour une durée de 10 ans avec la "
Chinese Exclusion Law", la loi d'exclusion des chinois, qui sera renouvelée deux fois avant son abrogation en 1943. C'est la première loi concernant l'immigration qui est ouvertement raciale.

 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/38/Coolieusa.jpg

 Caricature représntant la "Chinese Exclusion Law"

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/97/Chineseexclusionact.JPG/180px-Chineseexclusionact.JPG

1ère page de la "Chinese Exclusion Law"

 

        Les 20 ans de guerre civile en Chine (affrontement entrele Parti Comuniste Chinois (PCC) et le  Kuomintang, (KMT, parti nationaliste) qui ont déchiré le pays de 1927 à 1949 sont aussi une cause de l'émigration chinoise vers les États-Unis.

      En 1990, les Etats-Unis comptaient 1,3 million de résidents d'origine chinoise nés hors du territoire américain.



 

L'immigration hispannique :

 

La majorité des Hispaniques des New York sont d'origine Mexicaine. Au XIXème siècle et au début du XXème siècle, la frontière entre les deux pays est très poreuse. De nombreux va-et-vient entre le Mexique et l'Etat américain ont alimenté une migration informelle importante. Attirés par l'économie florissante de la ville, les Hispaniques seront nombreu à la rejoindre.


Carte des États-Unis sur laquelle on peut voir la frontière avec le Mexique


L'immigration irlandaise :

     Après la Seconde guerre mondiale, une crise alimentaire touche l'Irlande, ce qui engendre une émigration massive vers les États-Unis et donc vers New York.

     En 1945, un champignon, « le mildiou », se propage sur les cultures irlandaises. Il atteint la plupart des plants de pomme de terre, un des aliments essentiel des foyers de l’époque. La pomme de terre devient alors inconsommable : elle se flétrit et pourrit.
    Cela plonge alors l’Irlande dans une pénurie alimentaire à grande échelle : le pays n'arrive plus à subvenir aux besoins alimentaires de sa population. C'est la Grande Famine. La misère rurale est accentuée, la population est affamée, privée de l'élément principal de son alimentation. Les décès sont nombreux, dûs à l'anémie, la malnutrition et la sous-nutrition et engendrent une épidémie considérable de choléra. Les plus touchés sont bien entendus les plus faibles et les plus démunis.
    La famine provoque des pertes humaines terrifiantes. Les paysans affaiblis font de mauvaises récoltes, peinent à vendre leur production et sont très vite touchés par la misère. Incapables de payer leurs dettes et impôts, nombreux sont ceux qui sont expulsés.


Irlandais chassés de leurs terres par leurs propriétaires.


    Les Irlandais voient alors l’Amérique comme le continent de tous les espoirs et de tout les rêves.  Endroit idéal pour échapper à la famine, le continent américain offre un véritable rêve de recommencement : le fameux « American Dream » où tout projet devient possible, leur ouvre des perspectives nouvelles. Ils voient aussi en cette destination la possibilité d’une liberté totale, sans domination britannique.
     Plusieurs milliers d’Irlandais quittent leur terre natale pour s’entasser dans des cargos vers l’Amérique. C'est donc une Irlande mourante qu'ils fuient, se dirigeant vers une terre remplie de promesses de vie meilleure.
    Ils seront 2 millions d'Irlandais à arriver aux États-Unis. Ces derniers s’installent alors massivement à New York (ou encore Boston) où ils trouvent du travail, ouvrent des commerces, entrent dans la police locale...  Ils s’adaptent très vite à leur nouvelle vie.


 

 

 

    Le multiculturalisme de New York est donc le résultat d'une immigration massive, d'origine variée et de façon continue depuis les origines de la ville. Chaque nouvelle communauté y arrivant lui a apporté sa culture et c'est ainsi que peu à peu s'est enrichie l'identité de New York, jusqu'à devenir la véritable mosaïque culturelle qu'on connaît aujourd'hui.



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